Liens

«J’encre mes liens» au plus profond de la matière. J’imagine la blancheur d’une toile, le papier comme un espace libre. Je veux qu’il prenne vie, lui transmettre un message, lui donner une dimension sculpturale. Je taloche, je déchire, j’enracine, je superpose, je gratte et guette l’instant précis où toutes les lignes, les couches, les vallons vont s’harmoniser soudain pour exprimer mes émotions.

La couleur donne le ton, le rythme. Bien plus qu’un fond, un reflet, elle est un matériau vivant, mystérieux, grouillant, au cœur de mon approche tactile et organique des tableaux. Ces coulées, ces cicatrices, ces unités colorées et ces encrages tortueux charrient le malaise de l’époque. Mon souhait n’est pas de plonger le spectateur dans une zone d’inconfort et de ténèbres, mais dans une exaltation sensorielle toujours ponctuée d’espoir.

L’utilisation des fils en tant que lien humain est un labyrinthe sinueux que j’apprivoise peu à peu comme un chemin vers les autres. Est-ce l’utopie que je défends dans une société où l’individualité pèse et prime ? C’est en tout cas une réflexion sur la relation à l’altérité, la trahison, la violence et l’indifférence qui m’anime. La solitude qui émane de mes tableaux charrie des images sombres, violentes, déshumanisées. Cependant, mes liens les rattachent inexorablement à la vie. Ils convergent vers des instants précis, des points qui fusionnent. Ils sont une main tendue, une bouée de sauvetage, la force d’avancer encore.

La feuille d’or délicate, précieuse, présente sur toutes mes toiles, est une échappatoire, un instinct de survie, une ouverture vers la lumière. Elle nous guide, nous relève, nous insuffle l’énergie nécessaire. C’est ma signature et ma bulle d’oxygène. Elle évoque la fin comme un soulagement, l’harmonie traquée sans relâche, le fameux moment d’apaisement. La note positive est toujours présente, comme ces liens qui jamais, ne sont rompus.

Chaque histoire, chaque fait demeure ainsi un pont fragile, une tentative de chercher un sens, d’offrir l’espace d’une émotion commune, tissée dans une transe silencieuse, au cœur de l’obscurité profonde.